Risen 2: Dark water

Publié le par Mana

Alors que les géniteurs de Gothic devraient prochainement récupérer les droits de leur série fétiche, ils nous gratifient dans l'attente d'un second épisode de Risen. En-dehors d'une incursion bienvenue dans l'univers de la flibuste, Risen 2 : Dark Waters perpétue fidèlement des mécaniques de jeu de rôle que nous sommes nombreux à apprécier. Mais se pourrait-il qu'à l'occasion de sa plus grosse production à ce jour en termes de budget, le studio allemand Piranha Bytes soit paradoxalement retombé dans ses travers ?

Risen 2 : Dark Waters

Bien qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir joué au premier Risen pour comprendre et apprécier Dark Waters, l'histoire s'inscrit dans la continuité des événements survenus dix ans plus tôt sur l'île de Faranga. La victoire du héros sans nom sur le Titan de feu n'a pas empêché le réveil des autres forces élémentaires, qui ont déjà commencé à se manifester en dévastant certaines régions du monde. Devenu officier de l'Inquisition à Caldéra, une cité portuaire menacée par un Kraken qui en empêche l'approvisionnement, il se résigne à son triste sort en noyant son désespoir dans l'alcool. C'est une vieille connaissance, Patty, qui va lui redonner un peu d'espoir : elle lui apprend que son père, le Capitaine Barbe-d'Acier, a retrouvé la trace d'une arme mythique capable de terrasser n'importe quel monstre marin et de vaincre le Titan Mara. Débarqué incognito sur le comptoir de Tacarigua avec la bénédiction de l'Inquisition, le héros sans nom va se faire passer pour un pirate et s'efforcer de faire ses preuves afin de rejoindre l'équipage de Barbe-d'Acier.

Test Risen 2 : Dark Waters PC - Screenshot 68Parfois crues, les répliques ne sont pas dénuées d'humour.

Si la trame principale n'était pas le point fort de Risen premier du nom, elle se révèle ici plus agréable à suivre : plus mouvementée et mieux mise en scène, elle s'appuie sur des personnages intéressants et souvent bien croqués. Vous aurez bien entendu l'occasion de mettre votre sabre au service de causes plus ou moins nobles, qu'il s'agisse de l'Inquisition, des différentes factions de pirates ou encore d'une tribu indigène. Mais pendant la première moitié du jeu, la liberté n'est pas vraiment le maître mot tant Dark Waters suit un tout autre cap que son prédécesseur : il vous impose un parcours entre plusieurs îles – toutes moins vastes que Faranga – à visiter les unes après les autres. Ce n'est qu'après avoir récupéré un navire et recruté un équipage que vous aurez enfin l'occasion de voler de vos propres ailes et de choisir votre cap, en revenant au besoin sur les îles déjà explorées. En gros, la progression de Risen 2 est l'inverse de celle du premier volet (qui se montrait de plus en plus dirigiste à mesure que vous avanciez). A choisir, on préfère cette optique, dans laquelle le jeu donne l'impression de s'ouvrir. Mais il reste que l'univers, aussi morcelé que celui d'un Two Worlds II (et de surcroît moins varié), ne satisfera qu'à moitié les amateurs d'open worlds, bien que sa surface totale soit finalement plus importante que celle du premier Risen. Et si Piranha Bytes a réussi à préserver un parfait équilibre entre exploration, combats et interactions sociales, il faut attendre la fin du jeu pour évoluer dans une grande ville, qu'on aurait aimée plus dignement peuplée. Les quêtes annexes ont beau être nombreuses, jamais on ne retrouve la densité d'intrigues qui animait Port-Faranga. L'expérience est donc moins intense, et l'ambiance un poil décevante, car plus proche des joyeux Pirates des Caraïbes que des crépusculaires Contrebandiers de Moonfleet.

Test Risen 2 : Dark Waters PC - Screenshot 69Les combats sont bien plus faciles quand vous êtes soutenu.

Risen 2 se montre en revanche tout aussi gratifiant que son prédécesseur sur le plan du développement de votre personnage. Le système historique issu des Gothic a été légèrement retouché pour offrir davantage de souplesse, mais ses fondements n'ont pas changé. Chacun de vos exploits (exploration, quêtes, combats et accomplissements de toutes sortes) vous permet d'engranger des points de gloire, qui représentent votre expérience. Cette expérience ne vous permet plus de franchir des niveaux et de gagner des points d'apprentissage (ces deux notions ont disparu), mais peut être investie à tout moment pour améliorer l'un de vos domaines de compétences : lames, armes à feu, résistance, ruse et vaudou. Chacun de ces domaines est subdivisé en plusieurs talents (votre aptitude de ruse détermine par exemple votre score de tour pendable, de larcin et de langue de velours), que vous pouvez améliorer indépendamment les uns des autres par le biais de votre équipement, mais recouvre également une série de compétences précises (parade, riposte et coup puissant pour ce qui concerne l'escrime) que vous ne pouvez débloquer qu'en vous offrant les services des entraîneurs dédiés. Sans doute plus complexe à appréhender mais moins rigide à l'usage, ce nouveau système ne renie aucunement le credo "Dis-moi qui tu aides, je te dirai qui tu es" si cher à Piranha Bytes. Il s'agit toujours de se rapprocher de certaines factions pour bénéficier de capacités exclusives tout en fermant la porte à d'autres. Ainsi, aider les Shaganumbi sur la Côte des Epées sera l'occasion de vous initier aux secrets de la magie vaudoue, tandis que le ralliement à l'Inquisition vous permettra de bien mieux maîtriser les armes à feu. On apprécie également que les entraînements coûtent cher et confèrent à l'or accumulé une réelle valeur, là où on ne savait plus trop en faire dans le premier Risen.

Test Risen 2 : Dark Waters PC - Screenshot 70Le nouveau système d'évolution est beaucoup plus souple.

Si la refonte du système d'évolution du personnage était un pari risqué mais au final bien mise en œuvre, on n'en dira pas autant de celle des combats, qui constituait pourtant l'indéniable point fort du jeu précédent. Piranha Bytes a souhaité qu'ils retranscrivent le dynamisme et la technicité propres à l'escrime : c'est, à ce niveau, un échec total. Le lock automatique vous oriente face à votre adversaire sans que vous puissiez manœuvrer librement, l'esquive a disparu et les coups disponibles sont bien moins nombreux. Essayer de mener un combat de façon subtile revient trop souvent à s'en prendre plein la tronche, d'autant que vos ennemis semblent à la fois moins intelligents et plus agressifs. Résultat : vous finissez par matraquer le bouton gauche de la souris comme dans un hack'n slash. Au vu de la lourdeur des combats, c'est encore la technique qui fonctionne le mieux. Seule la possibilité d'exécuter des coups pendables relève leur intérêt. Décharge de pistolet, coup de pied bien placé, projection de sable dans les yeux... : les options en la matière sont aussi fun qu'originales. Même si la plupart sont soumises à un cooldown qui vous empêche d'en abuser, elles vous permettront bien souvent de prendre l'ascendant sur vos opposants. Les affrontements semblent très exigeants en début de jeu, mais on se rend vite compte que leur difficulté est artificielle. Construire un personnage taillé pour le combat permet de s'en tirer sans faire valoir aucun skill. Le problème est similaire concernant d'autres domaines qu'on aurait souhaité voir améliorés : un gros score de ruse permet de réussir tous ses vols à la tire et d'ouvrir quasi automatiquement les coffres verrouillés. Il y a bien un mini-jeu de crochetage consistant à bloquer des loquets dans un ordre précis, mais il reste aussi fastidieux qu'accessoire dans la mesure où il est impossible d'échouer en cassant la serrure.

Test Risen 2 : Dark Waters PC - Screenshot 71Les coups de grâce bénéficient désormais d'une mise en scène.

Il ne faudrait pourtant pas croire que tous les ajouts de Risen 2 sont à jeter - loin de là ! Cette suite regorge même de bonnes idées qui lui confèrent un indéniable pouvoir de séduction. La plus marquante réside sans doute dans la magie vaudoue, qui vous permet de confectionner des poupées destinées à contrôler l'esprit de certains PNJ. Vous pouvez alors agir en leur nom en vous glissant directement dans leur peau. Un vrai bonheur, d'autant que c'est généralement l'occasion de quelques traits d'humour bien sentis. A côté de ça, vous retrouverez bien entendu des options d'artisanat plus classiques, permettant de fabriquer fusils, potions, etc. Si la possibilité de partir en expédition avec un des membres de votre équipage est bienvenue, sachez qu'un héros bénéficiant d'une caractéristique de ruse élevée peut également être accompagné d'un singe dressé, capable de partir en reconnaissance, de se faufiler dans des passages étroits, d'activer des leviers ou encore de chaparder ce que vous voulez ! C'est, là encore, une idée réjouissante, d'autant que la recherche de trésors reste l'activité annexe la plus développée. Les différentes îles abondent de coffres enterrés dont l'emplacement vous est indiqué par des cartes, de temples oubliés où reposent de véritables richesses, ou encore d'artefacts légendaires que des lectures avisées vous permettront de retrouver. Comme dans un Zelda, vous êtes souvent incité à revenir dans des zones déjà explorées afin d'en percer tous les secrets. Mais restez prudent, car nombreux sont les pièges qui guettent les chasseurs de trésors imprudents : vous pourriez bien vous retrouver découpé ou empalé à la faveur d'un QTE loupé. Parfois intégrés dans les combats, ces derniers savent se faire discrets. Sachez enfin que Risen 2 propose quelques mini-jeux d'adresse plus ou moins réussis (le concours de beuverie est sympa, le tir sur cible beaucoup moins).

Test Risen 2 : Dark Waters PC - Screenshot 72Chaque île dispose d'une ambiance bien à elle. Ici, Antigua.

Très complet, l'ensemble s'avèrerait somme toute très agréable à jouer si seulement Piranha Bytes n'était pas retombé dans ses travers en accouchant d'un aspect technique qui souffle le chaud et le froid. Les environnements du jeu sont certes magnifiques : sublimés par le cycle jour/nuit et les conditions météo, ils offrent des panoramas aussi grandioses que dépaysants. Mais une fois de plus, les protagonistes qui évoluent dans ce superbe décor souffrent d'une modélisation et d'une animation datées (sans parler de ces maudits sauts lunaires !). Et même si on y rencontre moins de clones, les visages sont très inégaux : certains sont travaillés, un style légèrement cartoon à l'appui, mais d'autres sont vraiment hideux (les personnages féminins en particulier). Mais il y a pire : l'immersion visuelle est ternie par un clipping omniprésent et de nombreux bugs graphiques. Distance d'affichage à fond, certains éléments du décor apparaissent à 10 mètres du héros, des textures clignotent au loin, et il arrive même qu'une partie de la végétation rétrécisse à mesure qu'on s'en approche ! Le comble, c'est que la version review fournie par l'éditeur souffrait de grosses fuites mémoire sur les PC équipés de cartes NVIDIA, causant une chute progressive du framerate et poussant à relancer le programme au bout d'une vingtaine de minutes de jeu. On espère que ces problèmes seront résolus au plus vite par le biais d'un patch, au même titre que les bugs de progression qui entravent la résolution de certaines quêtes (un problème déjà présent sur le premier Risen). Voilà donc une nouvelle production Piranha Bytes trahie par sa finition, et s'il reste possible de faire abstraction de certains de ces écueils pour profiter pleinement du jeu, une impression de gâchis pourrait bien envahir ceux qui n'auront pas la patience de lui laisser cette chance. On attend maintenant avec méfiance la version console, récemment repoussée.

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Publié dans News

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